Publié par : pedrock | juillet 14, 2010

Une Coupe d’Humanité

La coupe du monde n’est plus là. Quelques milliers de coups de pieds, de sifflets, d’applaudissements et de larmes et c’est reparti pour une attente de 4 ans.

Beaucoup se demanderont aujourd’hui ce qu’ils vont bien pouvoir regarder à la télé maintenant qu’ils sont devenus orphelins du ballon rond. Pourront-ils à nouveau tenir 4 ans abreuvés uniquement de séries américaines et shows de téléréalité locaux?

A l’inverse, d’autres souffleront enfin, après avoir retenu leur respiration pendant 4 semaines de calvaire. Ceux-là peuvent enlever leurs boules Quies et poser le dernier tome de Guerre et Paix, il règne enfin un triste silence d’après-fête à Pretoria.

C’est à ces derniers, aux anti-foot, que j’adresse cette lettre, car à force de regarder à côté du poste, ils risquent d’avoir loupé cette vérité indiscutable: cette coupe du monde a été avant tout une grande coupe d’humanité.

On pouvait déjà s’en rendre compte avant-même le premier coup de sifflet: on parlait sans cesse du Mondial sans parler de football, il servait d’excuse pour les conversations les plus terre-à-terre, les ragots, les potins, les scandales en tout genre. « L’hôtel des français est trop cher, ose avouer une ministre (!) »; « les copines de certaines équipes sont…elles aussi trop chères », affiche-t-on en grand dans les magazines; le ballon officiel est made in china (« mais ils sont partout! ») et il est trop rond (paradoxe surréaliste avoué par certains gardiens apeurés); mais nous avons aussi eu droit à des questions d’état: « Mandela pourra-t-il assister à la cérémonie d’ouverture? », ainsi qu’à des drames: « Il n’y assistera pas car sa petite fille est morte d’un accident de voiture ».

Puis les matchs ont commencé. Les potins, ragots et scandales ont alors redoublé: « les vuvuzelas sont insupportables », « oui mais ils sont une tradition immuable de nos hôtes africains ». Et la FIFA de devoir, alors qu’elle essuyait encore les derniers plâtres, faire face à la première question épineuse: elle qui ne sait rien faire d’autre que parler foot elle devait choisir entre le respect des cultures et le respect des tympans de millions de téléspectateurs (un peu comme si on demandait au Ministre de l’Immigration de tirer un pénalty décisif).

Oui décidément, c’était le mondial de l’humanité. L’humanité de Maradona, qui a compris que les Dieux vivants n’existent pas, l’humanité des arbitres qui nous ont montré que même les hommes les plus puissants du monde, les plus influents, commettent aussi des erreurs et que la seule véritable faute serait de l’ignorer. L’humanité cupide de la FIFA, qui préfère le scandale humain, l’humaine mauvaise foi, les gros titres humains, le moulin à paroles et son moulin à billets, plutôt que de tout mettre en place pour contrer l’erreur humaine de ces arbitres de chair et d’os. Mais aussi l’humanité de ces poignées de main, de ces mauvais perdants, de ces larmes de joie, de ces rêves brisés/réalisés.

Mais surtout, ce fut la coupe de l’Humanité, la vraie, la globale. Ils sont rares ces évènements suivis avec ferveur, avec insistance, avec rigueur et discipline presque, aux quatre coins de la planète. Et contrairement à cette mondialisation si décriée, celle du billet vert, celle-ci nous montre que nous faisons tous partie du même terrain de foot. C’est la mondialisation du ballon rond. N’est-ce pas jouissif de voir ces catalans et ces basques arborant les mêmes vuvuzelas rouges, ces républicains et démocrates,  parisiens et marseillais, allemands de l’est et de l’ouest, chantant ensemble main dans la main, cette union et cette fraternité cruellement refusée à cette Belgique en manque d’unité quand elle en avait le plus besoin?

Ceux qui ont préféré fermer les yeux à cet évènement mondial n’auront pas pu remarquer qu’aucun incident n’a dû être déploré, il n’y a eu aucune confrontation violente entre supporters.

Et pourtant les différences sont bien là, presque stéréotypés et palpables jusque dans le toucher de balle: les allemands froids et précis, l’Argentine passionnelle, l’Espagne baroque et gaie, la France grognonne, les Etats-Unis disciplinés et propres, la Hollande tout en retenue et explosive, les japonais stoïques, spartiates. Mais ces différences nous ont pour une fois tous rapprochés. Nous avons pu en effet, pendant un mois faire tous parti du même grand stade, unis par le foot, mais surtout par l’esprit d’équipe, par l’ambition, par le rêve, par l’envie de retrouver ces politiciens optimistes, ces peuples rigolards, le lundi 12 juillet. L’envie que la vie devienne pour toujours un grand mondial de foot.

Publié dans La Libre Belgique (13/07/2010)

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