Publié par : pedrock | décembre 10, 2008

Pétition pour la fin des interviews de sportifs

justinehenin1Le match est terminé. Nous avons gagné. Les commentateurs explosent à l’unisson en une bruyante acclamation de joie et soulagement.

C’était la fin de la coupe Davis, mais cela arrive à la fin de chaque match important,  et se répète à chaque journal télévisé (ou radiodiffusé). Vient alors le rituel immuable. Je ferme les yeux en anticipant les mots que l’envoyée spéciale du journal va inéluctablement nous glisser à travers son énorme sourire: “Et maintenant avec nous, en direct de Buenos Aires, nous avons l’équipe toute entière qui va nous donner ses impressions à chaud après cette victoire historique”. Toute l’équipe va passer devant le micro. Sept interviews pour le prix d’une. A deux minutes chacun cela nous fait pas moins de dix minutes de lieux communs, d’aphorismes surfaits, de proverbes désuets, de phrases creuses, d’informations redondantes. Bref, un beau concentré de vide, de néant journalistique.

La journaliste le savait bien, pourtant, que ça n’apporterait rien de nouveau cette interview de sportifs. Ils ne sont pas payés des sommes astronomiques pour leurs talents de commentateurs, ni d’analystes. Et pourtant, nous succombons toujours à ce spectacle de jonglerie verbale auquel ils s’adonnent. A y repenser, c’est en effet plutôt ardu comme exercice. Les règles sont simples: vous devez, en ayant presque toujours l’air malheureux (même ou surtout après une victoire) réussir à tenir quelques minutes devant un micro, sans glisser une seule information intéressante ni même pertinente, et où toute forme d’autocongratulation plus ou moins subtile doit être immédiatement compensée par une dose égale de fausse modestie.

L’universalité de ce comportement (aussi bien celui des médias que des sportifs) est à souligner. Cet épisode se déroulait sur TVE, la chaîne nationale espagnole, et pourtant les autres chaînes nationales européennes ne sont pas en reste. Même la Belgique, qui a vu comment une championne comme Justine Hénin réussissait à se faire zapper par les trois quarts de ces supporters lors des interviews de par la banalité soporifique de ses propos, continue à donner la parole à ces pros du ballon rond et du mot creux.

Je comprends que tout le monde y gagne (sauf l’info) à les entendre parler. Cela les rend plus humains ces ‘Dieux du stade’, cela leur ôte le temps d’une interview leur piédestal de stars tout en les rendant plus ‘people’.

C’est peut-être pour cela que je ne zappe pas et que je les regarde une fois de plus nous expliquer que le match s’est joué dans un mouchoir de poche, qu’ils sont vraiment très contents, qu’ils se sont donnés au maximum, qu’ils sont une équipe vraiment soudée, qu’elle a fait un travail formidable, qu’il a fallu faire face à des adversaires redoutables mais que finalement ils ont joué leur tennis, et qu’ils ont fini par savoir imposer leur jeu. Sans oublier le rôle du mental, primordial.

Photo propriété de Getty Images

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Responses

  1. Argh non, pas elle encore! Virez-moi cette photo!
    😉


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