Publié par : pedrock | novembre 11, 2008

Coups de gueule choisis II: Brassens Vs. les chauvins

georges-brassensContinuons cette collection des coups de gueules les plus élégants et virulents avec un des maîtres des insultes en vers: Georges Brassens. Une fois de plus il s’attaque à cette France qu’il a (/qui l’a) tant méprisé et qui, hélas, reprend du poil de la bête aujourd’hui: réactionnaire, populaire, bidochonne, traditionaliste, obtuse.

Sa haine viscérale contre cette « race incongrue » ira jusqu’à remettre en cause l’existence d’un Dieu qui l’aurait laissé peupler ce monde.

J’en profite pour noter que la version la plus courante sur internet (568 occurrences) ne compte pas moins de 9 coquilles par rapport au texte original (dont la désastreuse « si on y rencontrait » au lieu de « si l’on n’y rencontrait). Heureusement, sur internet on peut trouver le pire, mais aussi le meilleur

« C’est vrai qu’ils sont plaisants tous ces petits villages
Tous ces bourgs, ces hameaux, ces lieux-dits, ces cités
Avec leurs châteaux forts, leurs églises et leurs plages
Ils n’ont qu’un seul point faible et c’est d’être habités
Et c’est être habités par des gens qui regardent
Le reste avec mépris du haut de leurs remparts
La race des chauvins, des porteurs de cocardes
Les imbéciles heureux qui sont nés quelque part

Maudits soient ces enfants de leur mère patrie
Empalés une fois pour toutes sur leur clocher
Qui vous montrent leurs tours, leurs musées, leur mairie
Vous font voir du pays natal jusqu’à loucher
Qu’ils sortent de Paris ou de Rome ou de Sète
Ou du diable vauvert ou bien de Zanzibar
Ou même de Montcuq ils s’en flattent mazette
Les imbéciles heureux qui sont nés quelque part

Le sable dans lequel douillettes leurs autruches
Enfouissent la tête on ne trouve pas plus fin
Quant à l’air qu’ils emploient pour gonfler leurs baudruches
Leurs bulles de savon c’est du souffle divin
Et petit à petit les voilà qui se montent
Le cou jusqu’à penser que le crottin fait par
Leurs chevaux même en bois rend jaloux tout le monde
Les imbéciles heureux qui sont nés quelque part

C’est pas un lieu commun celui de leur naissance
Ils plaignent de tout cœur les pauvres malchanceux
Les petits maladroits qui n’eurent pas la présence
La présence d’esprit de voir le jour chez eux
Quand sonne le tocsin sur leur bonheur précaire
Contre les étrangers tous plus ou moins barbares
Ils sortent de leur trou pour mourir à la guerre
Les imbéciles heureux qui sont nés quelque part

Mon Dieu qu’il ferait bon sur la terre des hommes
Si l’on n’y rencontrait cette race incongrue
Cette race importune et qui partout foisonneles-bidochons-en-vacances2
La race des gens du terroir, des gens du cru
Que la vie serait belle en toutes circonstances
Si vous n’aviez tiré du néant ces jobards
Preuve peut-être bien de votre inexistence
Les imbéciles heureux qui sont nés quelque part »

(Georges Brassens, Les imbéciles heureux qui sont nés quelque part)

Illustration: Binet, Les Bidochons en vacances. Fluide Glacial

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Responses

  1. […] par exemple épinglé Adamek laminant les fonctionnaires, ou Brassens qui chante sa haine envers les franchouillards […]


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