Publié par : pedrock | octobre 11, 2008

Questionnement Olympique

L’ère de l’information, de la globalisation et d’internet vient de nous offrir les Jeux Olympiques les plus controversés de l’histoire. Le nombre de pétitions, mails (personnalisés ou massifs), manifestations (réelles ou virtuelles) et protestations politiques publiques n’ont jamais été aussi nombreuses avant des jeux Olympiques.

Et puis ils ont commencé, et la magie des Dieux de l’Olympe a rapidement transformé les revendications en sourires polis, poignées de mains diplomates, et ces mêmes nouvelles technologies ont finalement permis à des milliards de personnes (dont très peu de paysans chinois) d’admirer le génie artistique de Zhang Yimou et l’esprit perfectionniste, coordonné et sacrifié de ce peuple (imaginez rassembler 3000 européens en leur demandant de frapper en rythme sur des tambours face à des lumières stroboscopiques aveuglantes à 10 centimètres du visage, des jours de répétition durant).

Puis vinrent les compétitions, paroxysme du dépassement humain. Des records ont été battus, des corps, déformés par les années d’entrainement sur-(ou in-)humains et crispés par l’angoisse d’une éventuelle quatrième place se sont élancés, nous ont fait écarquiller les yeux, retenir notre souffle, soupirer, acclamer, nous coucher tard, nous lever tôt.

Derrière l’excuse des nationalismes, nous avons suivi les exploits de ces êtres humains, qui nous ont montré comme tous les quatre ans quelles sont nos limites, physiques et mentales. Nos limites, en tant qu’espèce. C’est en pensant cela que m’est apparue la première question : serait-ce donc ça le but des jeux Olympiques et le pourquoi de notre passion soudaine vis-à-vis de ces sportifs que nous ne connaissons souvent ni d’Eve ni d’Adam : observer le test ultime de résistance et de performance de nos enveloppes charnelles? Je trouvais cette théorie de la mise à l’épreuve de l’espèce assez satisfaisante, et soudain le beach volley m’est venu à l’esprit (où rien à première vue n’a l’air d’être poussé à l’extrême, si ce n’est peut-être la taille des bikinis). J’ai donc pensé qu’il n’était peut-être pas seulement question de limites…mais aussi de spectacle. Cela m’a été confirmé par l’une des règles (nécessaires mais pas suffisantes) à l’inclusion d’un sport dans la liste suprême des jeux de l’Olympe cathodique moderne: il doit être pratiqué dans 50 pays et 3 continents au minimum. Etre populaire donc, et ce à échelle mondiale.

Et puis une troisième raison m’est venue à l’esprit en voyant les ‘usines à athlètes’ chinoises, russes ou américaines (véritables sweat-shops tolérées par Amnesty International) ou encore l’acharnement avec lequel des pays au PIB dérisoire comme la Roumanie, l’Ethiopie ou le Kenya, dépassaient aisément de riches nations comme la Suisse ou le Canada au palmarès des médailles. Le nationalisme devait donc être bien plus qu’une excuse, bien plus qu’un prétexte, pour une grande partie des participants.

Ces trois raisons me paraissaient s’enchevêtrer assez naturellement en un nouveau slogan tabou des JO modernes, une sorte de «Plus extrême, plus photogénique, plus national», pour reprendre le style de Coubertin.

Mais ces jeux ont fait surgir d’autres questions plus anecdotiques (ou pas), qui me turlupinaient suffisamment que pour me garder éveillé pendant ces longues heures de sport télévisuel. En voici deux, en vrac:

  • Si un prodige de la natation comme Phelps a pu offrir aux USA 8 médailles en 8 courses, pourquoi une autre exception prodigieuse comme Nadal ne peut-il en ramener qu’une seule au bercail, après une semaine de matchs acharnés ?
  • Ou encore, que deviennent les champions occidentaux une fois la flamme éteinte, la médaille d’or au cou? Est-ce que les politiques sportives de nos pays nous offriront l’occasion de les croiser en tant que serveurs au Quick dans quelques années ? Se regarderont-ils un jour dans la glace, les tendons usés, les os tordus, les muscles fatigués en se demandant si cette médaille en valait vraiment la chandelle?

Pire, qu’advient-il de ces tristes quatrièmes places, dans ces pays qui ont tout donné pour utiliser ces jeux comme ultime vitrine et où failure is not an option ?

En tant qu’optimiste invétéré j’aime à penser que ces jeux nous ont tous rendus un peu plus sportifs, un peu plus citoyens universels, partageant pendant quelques jours les mêmes jambes, les mêmes pectoraux (enfin presque), les mêmes rêves de postérité. Cette marée de caméras aura aussi aidé la Chine (qu’ils le veuillent ou non) à s’ouvrir au monde, à nous montrer leurs trésors, mais aussi leurs poubelles. La curiosité de nos journalistes a réussi à faire sortir de l’ombre des coulisses la véritable petite chanteuse de la cérémonie d’ouverture, qui chantait cachée pour cause de ‘non-photogénie’ pendant qu’une autre petite fille, mignonne comme tout dans sa robe rouge avec ses couettes symétriques, la supplantait radieuse en bougeant les lèvres devant les caméras. Même là, nous avons réussi à entrevoir les coulisses honteuses de ce gouvernement chinois. Si nous réussissons à ce que ceci devienne une bonne habitude pour la suite, alors ces jeux auront été vraiment réussis.

(La Libre Belgique. 23 Août 2008)

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