Publié par : pedrock | octobre 7, 2008

Phonétique express pour commentateurs d’Euro 2008 et amateurs de sangria

Il y a quelques jours, le match Espagne-Italie de l’Euro 2008 m’a poussé (pour des raisons que vous découvrirez ci-dessous) à un exercice de style osé et périlleux : réconcilier sous un même titre football et linguistique, ballon rond et phonétique. Un peu comme essayer un mariage entre Walter Baseggio et Fadila Laanan Rachida Dati et Bernard Laporte (edition du 21 Octobre).

Bien que le risque soit grand, il devait tôt ou tard être pris, car il est bien question ici d’ouverture et d’enrichissement de et vers nos cultures presque voisines, à savoir dans le cas qui me concerne : l’espagnole.

La culture espagnole a toujours été particulièrement appréciée par les belges. Du tube de Jean-Luc Fonck aux parasols Jupiler qui peuplent les côtes espagnoles en passant par les avions d’Iberia Bruxelles-Barcelone remplis de jeunes Erasmus belges ; les preuves ne manquent pas.

Et pourtant, le match Espagne-Italie m’a explicité ce que je soupçonnais secrètement depuis longtemps : contrairement à d’autres langues comme l’anglais ou l’italien, il n’y a jamais eu en Belgique (ni en France) une culture de la phonétique et de l’accent espagnol.

Que les joueurs espagnols faisaient pâle figure prononcés ‘à la française’ dans la bouche des commentateurs belges, face aux noms des italiens articulés avec chatoiement, ses ‘r’ roulés avec ensoleillement, ses syllabes toniques accentuées avec vigueur, ses double ‘l’ alllllongés avec délectation !

Si le belge a pu apprendre (grâce entre autres aux publicités de douceurs culinaires transalpines à l’accent exotique exagéré) que ‘cho’ se prononce ‘co’ [k] ou que ‘ci’ se dit ‘tchi’ dans la langue de Dario Fo (ou Roberto Benigni pour les moins familiers aux Prix Nobels), qu’en est-il de ces mêmes prononciations en espagnol ? Un rapide micro-trottoir ferait rougir Cervantes, je le crains.

Heureusement cela est en fait simple comme buenos días, et il vous suffira de quelques lignes, vous commentateur sportif, tout comme vous amateur de sangria, pour épater grâce à votre maitrise linguistique et votre accent chantant lors des commentaires de la grande finale ce dimanche, en discothèque à Ibiza ou encore devant Le Guernica à Madrid.

Voici donc ces quelques règles simples :

  • Le ‘s’ se prononce toujours [s] comme le ‘ss’ français (je vous avais dit que c’était facile). Il faudra donc bien dire Iker Cassillas.
  • Le double ‘l’ se prononce toujours [j] comme dans ‘paillette’. Vous pouvez donc prononcer David Villa comme en français (et non pas ‘Vila’, par exemple).
  • Par contre en espagnol le ‘v’ et le ‘b’ se prononcent toujours ‘b’ [b]. Il faudra donc dire ‘Dabid Billa’ pour paraître vraiment hispanophile.
  • Le ‘ch’ de Marchena (et autres chorizos et gazpachos) se prononce toujours ‘tch’, si proche du français et pourtant si souvent italianisés.
  • Pour finir, les sons ‘ce’, ‘ci’, ‘za’, ‘zo’ comme dans Cazorla, García ou Güiza se prononcent tous [q] -avec la langue entre les dents-. En effet, le son du ‘z’ italien (comme dans ‘grazie’) n’existe pas en espagnol.

Si parler avec un cheveu sur la langue s’avère un exercice trop cocasse pour vous, vous pouvez toujours vous la jouer « latinoaméricain » en les transformant en Cassorla ou Garssía, personne ne vous en tiendra rigueur.

  • Le ‘r’ espagnol se roule avec la langue, comme dans certains néerlandais.
  • Deux derniers détails pour les plus acharnés d’entre vous: le ‘j’ de Juanito se prononce [c], avec la gorge, comme le ‘r’ raclé bruxellois.

Enfin, l’accent graphique de l’espagnol écrit n’introduit pas de nouveaux sons (contrairement aux ‘é’ ou ‘è’ français) mais indique simplement la syllabe tonique : Hernández avec accent tonique sur le ‘nán’, et non pas à la française, sur le ‘déz’. Quand il n’y a pas d’accent écrit cela devient alors plus aléatoire…mais vous ne serez pas trop souvent loin du compte en mettant l’accent à l’avant-dernière syllabe.

Amis commentateurs belges ne m’en voulez pas trop si je vous ai lâchement utilisé comme excuse introductive à ce petit cours express, oh vous qui justement faites preuve si souvent de bonne volonté face aux avalanches de triples consonnes occlusives, voyelles barrées et autres trémas exotiques en provenance des quatre corners du monde.

En guise de consolation, sachez en tous cas que faute d’espoir possible, celui-ci aurait été un exercice impossible à oser avec nos amis commentateurs français !

(Le Soir, 27 Juin 2008)

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Responses

  1. Ce qui serait encore mieux c’est des liens avec des extraits sonores. J’avoue que les symboles phonétiques ca a toujours été un peu obscur 😉

    En tout cas, sans prétendre que je prononce bien tout comme il faut, ca m’a toujours un peu « surpris » ici qu’on dise « Korizo ». En france on dit « shorizo » ce qui est plus proche, sans être la prononciation parfaite. Mais j’avoue ne jamais avoir entendu un « gaspako ». ouf. héhé.

  2. Merci M. Kily, toute expérience du monde francophone est bienvenue.
    Les hyperliens des symboles phonétiques te mèneront en fait vers un site avec des extraits phonétiques et même un positionnement de les lèvres, langue et gorge pour sa correcte prononciation. Malheureusement il est en flash et n’a pas de liens directs à chaque son. Par contre en navigant dedans tu les trouveras tous!


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